JOURNÉE DU 8 OCTOBRE 2016

(Cette journée était en mémoire du premier anniversaire de la mort de Marie-Odile, avec un petit décalage car il fallait attendre que le livre de ses textes soit imprimé. Nous étions un peu plus de 60 !)

 

Henri-Jacques :

Nous sommes ensemble pour célébrer Marie-Odile

Elle aimait le mot de gratitude : gratitude, de ma part et de part de Marie-Aurore, Charles-Olivier, Caroline, Arthur et Colombe, pour votre présence. L’an passé, c’était le 14 novembre, lendemain du massacre du Bataclan et environs, mais notre ami Gérard, lui était vivant avec nous, époux de Marie ici présente, et papa de Sara et parrain de Marie-Aurore, et il a suivi de peu son amie Marie-Odile dans la mort. Je l’associe à notre célébration.

Ce jour du 14 novembre nous avons exprimé ce que Marie-Odile avait été dans nos existences, chacun et chacune différemment. Mais pour qu’elle vive encore, pour qu’elle vive, voici le livre que nous avons en main. Pour magnifier la compagne d’aventure qu’elle fut pour moi, pour mettre en lumière sa pertinence philosophique, sa sureté psychanalytique, son esprit critique face aux institutions, mais surtout sa générosité en amitié, sa capacité de composer le charnel et le spirituel, le spéculatif et l’affectif, la discrétion et le culot, l’écoute silencieuse de l’autre et l’envoi du mot juste en écho. Elle était bien sûre femme fragile, angoissée, avec des petites obsessions, des peurs infantiles, mais aujourd’hui c’est la vivante qui nous a tant donné que nous célébrons.

Nous le ferons en deux temps, ainsi que je vous l’ai écrit : le premier en ouvrant le livre, librement, vous avez la parole. Dans le deuxième temps, nous nous mettrons à l’écoute de Marie-Odile dans d’autres textes ponctués par des moments musicaux

A partir de 11h nous avons eu un échange sur le livre, quelques uns se sont exprimés sur ce qui avait davantage retenu leur attention. Nous n’avons évidemment pas enregistré les interventions, mais chacun des présents se souviendra éventuellement de tel ou tel propos sur la psychanalyse, sur l’expérience spirituelle ou sur l’amitié ou les jouets ! Le livre est dans chacune de nos maisons.

Entre 12 h et 13 h nous avons écouté des textes de Marie-Odile ou en sa mémoire, entrecoupés de musique et de chants.

Pour faire transition Anne-Marie Leriche, la plus ancienne amie de Marie-Odile et marraine de Marie-Aurore, a joué au piano

Nous avons commencé par un texte de Jean de la Croix, choisi et lu par Olivier Rousseau (de la communauté carme de Paris qui a poursuivi un long dialogue avec Marie-Odile durant les dernières années de sa vie).

Prière de l’âme embrasée d’amour

Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé !

Si tu te rappelles encore mes péchés pour ne pas faire ce que je te demande,

Fais en eux, mon Dieu, ta volonté, qui est ce que je veux par-dessus tout,

Et exerce ta bonté et ta miséricorde, et tu seras connu en eux.

Mais si tu attends mes œuvres afin, par ce moyen, d’exaucer ma prière,

Donne-les-moi, toi, et fais-les-moi, avec les peines que tu voudrais accepter,

Et que cela se fasse !

Mais si tu n’attends pas mes œuvres,

Qu’attends-tu donc, mon très clément Seigneur ? Pourquoi tardes-tu ?

Car enfin, si c’est bien la grâce et la miséricorde que par ton Fils je te demande,

Prends mon obole, puisque tu la veux, et donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux.

Qui pourra se délivrer de ses façons et manières basses,

Si tu ne l’élèves jusqu’à toi en pureté d’amour, ô mon Dieu ?

Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et grandi dans la bassesse,

Si toi tu ne l’élèves pas, Seigneur, avec la main qui l’a fait ?

Tu ne m’enlèveras pas, ô mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique,

Jésus-Christ, en qui tu m’as donné tout ce que je veux.

C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tardes pas, si j’attends.

Quels atermoiements te font-ils attendre,

Puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur ?

Miens sont les cieux et mienne la terre, miennes les nations.

Les justes sont à moi et à moi les pécheurs.

Les anges sont à moi, et la Mère de Dieu et toutes les choses sont miennes,

Et Dieu même est à moi et pour moi, car le Christ est à moi et tout entier pour moi.

Alors que demandes-tu et cherches-tu, mon âme ?

Tout cela est à toi et tout est pour toi.

Ne t’estime pas moins et ne te soucie pas des miettes qui tombent de la table de ton Père.

Sors dehors et glorifie-toi en ta gloire.

Cache-toi en elle et jouis et tu obtiendras ce que ton cœur désire.

Dits de lumière et d’amour 26

Gérard Scoma (de la communauté carme d’Avon, très proche de nous tous et de Marie-Odile en particulier) a chanté, sur une mélodie composée par lui, quelques vers de Marie-Madeleine de Marie-Odile mêlés avec des versets du Cantique des cantiques et du pastoureau de Jean de la Croix

Patrice Bouret a joué de la flute ensuite

Marie-Aurore a lu un court texte pour sa maman et un texte d’elle

Texte trouvé dans un carnet de Marie-Odile, 5 septembre : date indiquée mais sans l’année (2006 supposée par Henri-Jacques)

Qu’il appelle Père

Dans l’Esprit

L’origine de toute origine

Le Dieu qui Rien n’a

Je m’étonne

Qu’un Dieu naisse tout petit

Larvaire

Sexué

Tourmenté de détresse, infans

Composant masculin et féminin,

dans la douleur

Je m’étonne

Qu’un Dieu soit fils

Et d’une femme et d’un homme

Jésus de Nazareth

Affairé dans le bois

Je m’étonne

Qu’un Dieu meurt sur le bois

Sur le bois de la croix

Tel vaut-rien

Moins que rien

Je m’étonne

Qu’il meurt

Néant de Rien

Pour avoir dit

Qu’il pardonne

Lui qui donne ce qu’il n’a pas

Je m’étonne

Et qu’en signe de cette mort

Trans-formé

Trans-porté

Il ne laisse de son passage

Que du pain et du vin

Je m’étonne

Et que nous soyons là

Pour cela ensemble

Pour cela chacun seul

Solitaire et unique

En lui-même recueilli

En notre pauvreté lieu de son Je divin

Je m’étonne

Charles-Olivier a lu cinq poèmes de lui, inspiré par sa maman

Quand tout prend fin

Les beaux jours ne laissaient

après eux qu’amertume

nous enjoignant d’étreindre à toute force

les mains qui se tendaient

d’en conserver l’empreinte

pour l’heure où tout prend fin

*

La distance soudaine accrue

nous déroba

ce que montrait la nuit

alors que nous étions

encore quelques uns

à reconnaître ton visage

*

Ces anges

dont tu disais

qu’ils sont lumineux et terribles

est-ce toi désormais

comme eux passant

comme eux si près de nous

*

Tu ne nous parles plus

ou alors de si loin

qu’il nous semble tout ignorer de toi

Comment croire

que ce monde demeure

quand il a un peu

disparu avec toi

*

Que tout soit dit

que les oiseaux s’envolent

S’il faut laisser des traces

qu’elles soient celles

qui exerceront

la patience des éclaireurs

*

Je te retrouve

en chacun de mes gestes

en, chacun de mes mots

Je redécouvre

en la moindre chose

l’allégresse

du premier matin

Hubert Faes (ami de nous et de Marie-Odile, président de l’Association des amis de Paul-Stanislas Breton à la suite de Marie-Odile) a lu un texte de Breton choisi par lui.

Texte tiré de RIEN OU QUELQUE CHOSE, Flammarion, 1987

Entre le « personne » qui récuse tout et le « quelqu’un » qui nomme la personne, un intervalle de variation suscite le libre devenir de figurations, auxquelles on réserve d’ordinaire l’appellation de « personnages ». Le terme suggère aussi tous les rôles que nous avons à jouer dans une société définie. On notera au passage l’expression « jouer un rôle », dans la vie comme au théâtre. Ulysse serait-il donc la figure par excellence du comédien. « Je m’appelle personne » deviendrai alors l’exergue providentiel d’une réflexion sur la comédie. Et l’énigme du pronom indéfini aurait son dénouement dans le paradoxe du comédien. En quel sens le comédien, la comédie et le comique lui-même nous livreraient-ils le secret, s’il en est, de l’être de l’homme et de l’être tout court.

Ce n’est pas la première fois que ce paradoxe sollicite la réflexion. Diderot, il est vrai dans un ouvrage qui fit beaucoup de bruit, ne semble pas se préoccuper de métaphysique. Mais il a bien vu, je crois, le rapport, dans l’homme de théâtre, entre le vide préalable requis par sa profession et l’aptitude à devenir tout ce qu’on voudra, rapport que l’on repérait jadis au niveau de « l’âme intellective ». Ce rapprochement, loin d’être forcé me parait fort éclairant. Il élargit aux dimensions de l’universel la signification régionale du théâtre. Encore faut-il le préciser. Il ne suffit pas de répéter à ce sujet « je est un autre ». Le « je » d’Ulysse en son indétermination, recèle un pouvoir indéfini de se faire autre dans la pluralité, jamais close, de ses représentations. Cet étrange pouvoir ne se résout ni dans l’ascétisme de l’objectivité scientifique ni dans la mortification chrétienne du moi égoïste. L’image naïve « de la pupille qui n’a aucune couleur pour être apte à les voir toutes » peut nous servir de guide sans nous livrer une explication. La Kénose de forme ou de couleur serait mal comprise si on l’identifiait à l’absence passive de toute détermination, à l’instar de l’antique « matière prime ». Car il s’agit moins d’une table rase, sur laquelle pourrait s’écrire du dehors n’importe quoi, que d’une véritable puissance à se donner à soi-même, sur cette première scène qu’est l’âme du comédien, le défilé de ses métamorphoses. Cette référence scénique induit aussitôt l’idée d’un espace ou d’une distance intérieure, mais d’un espace qui serait moins un contenant inerte que le dynamisme d’un mouvement formateur, si l’on me permet une réminiscence néoplatonicienne. Or, pour que soit possible ce mouvement formateur, la distance intérieure dont nous faisons état doit comporter les deux moments solidaires d’une production qui donne un lieu à la figure et d’un écart critique qui suspend toute croyance non seulement à la réalité de la figure, mais aux valeurs, religieuses, morales

Nos amis musiciens (Bouret-Cazes et Marais-Cazes) ont joué une pièce de Pachelbel

Pouvoir au féminin : la fin d’une impuissance (lu par Caroline Charlet)

Ces extraits sont tirés d’un long texte de Marie-Odile paru dans un cahier de Cultures et foi qui s’intitulait Ces églises que nous sommes de 1977! !

Je suis venue à l’église au soir de Vatican II (1962-1963), dans un climat où le monde était regardé avec cette espérance que lui avait réservée jadis l’épître aux Corinthiens :

la création, l’humain, le mariage sont appelés à la régénération. On pouvait croire que le temps d’un nouveau rapport entre l’homme et la femme était venu. Les discours sur le mariage d’amour étaient à la mode et la femme y était revêtue d’une parure neuve : celle de l’égalité………

J’avais la naïveté de croire que le droit des femmes à l’intelligence était acquis dans l’église. J’y voyais une conséquence de l’égalité de l’homme et de la femme devant le salut. Mais mon étonnement n’avait pas fini d’être éprouvé.

Historiquement, les femmes se sont trouvées tenues à l’écart de la parole, ce “logos” effet-reflet de la raison. Elles étaient représentées passives jusque dans la fonction qu’on leur attribuait en propre : la reproduction et elles étaient jugées incapables d’éduquer des enfants sans le secours de l’homme.

Théoriquement, les femmes sont écartées de la parole, par ce que la parole est elle-même un pouvoir. Plus ou moins efficiente, elle ne peut pas ne pas signifier, et faire ainsi de l’effet sur autrui.

Plaisir du corps qui éprouve sa puissance en parlant, plaisir de la culture par la maîtrise sur le monde qu’elle permet, plaisir du prestige dont on entoure le rhéteur habile, la parole n’est pas pour la femme qui a intériorisé son impuissance. La femme est faite pour le papotage et non pour la parole.

La parole se prend et toute prise suppose un combat. La prise de parole n’est possible qu’à celui qui a vaincu la crainte d’autrui et est devenu capable d’affrontements. Or pour la femme la difficulté se trouve redoublée, même dans la société bourgeoise, qui, dans son libéralisme, admet l’égalité de la femme et de l’homme devant la parole mais leur présente en même temps un modèle de soumission, de passivité, d’objets esthétiques, de fée du logis, de douceur. En effet, coutumes et convenances continuent à opposer à l’affirmation de la femme sujet-parlant, la représentation de la femme comme objet d’échanges. En d’autres termes, la parole sérieuse, magistrale, souveraine, la parole qui fait autorité, n’appartient pas au désirable culturel féminin

Pourtant, et paradoxalement, étant donné leur histoire, les femmes sont massivement dans une meilleure situation que les hommes pour éprouver une autre dimension de la parole presque toujours masquée : la parole ludique, la parole comme jeu. Car la parole est bien jeu, elle procure une jouissance, inavouée par les hommes qui la rationalisent pour se la réserver. C’est pourtant le corps qui parle éprouvant sa puissance.

Mais alors qui sommes-nous donc, rares femmes qui osons transgresser l’interdit de la parole ? Universitaire ou militante syndicale, avant d’être devenue parfois féministe, nous avons été formées avec les hommes et selon un modèle masculin. Nous sommes, comme les hommes, prises dans l’histoire de l’hégémonie de la raison, et nous n’arrivons pas à sortir de la représentation, seuls les poètes et les ratés du système y parviennent.

Nous faut-il être ses ratés du système? Je ne veux plus être la femme de service utilisée pour la bonne conscience des hommes, l’exception qu’on fait prendre pour la règle ; puisqu’elle le fait, c’est donc possible. Je ne veux plus de ces rôles qui me désolidarisent des autres femmes, ni de ces situations récupérées pour faire croire que le problème des femmes est résolu.

L’amour courtois en son temps fut un mouvement féministe. Ce sont les dames amantes qui ont acquis à l’Occident l’amitié entre hommes et femmes, cette amitié qui jusqu’alors n’a été possible qu’entre hommes.. Pourquoi ne seraient-elles, épouses ou maîtresses, que des objets plus ou moins vénérés ? Ne sont telles pas aussi aimables et capables d’aimer ? Ne sont-elles pas suzeraines, capables de commander ? Ne sont-elles pas, lettrées, aptes à parler, à écrire des poèmes ? Ne sont-elles pas, désormais, désirées, les meneuses du jeu érotique, elles qui déterminent la mesure du plaisir ? Par une sorte de dialectique, l’amour compense la double inégalité sociale et sexuelle entre l’amant et la dame. Est-ce par ce qu’il est adultère, et dissocié de la procréation, que l’église condamne l’amour courtois, lui reprochant d’être contre nature ? Sans doute. Mais la condamnation tient à d’autres causes dont la plus décisive n’est pas la plus habituellement admise. En effet, pourquoi des tentatives, comme celle de Hugues de Saint-Victor par exemple, pour concilier le couple amoureux et le mariage, se sont-elles trouvées étouffées par le discours écrit du magistère ? Avancer comme raison la condamnation de l’adultère n’est pas une réponse suffisante.

Faire droit au couple, au sens courtois du terme, c’était admettre la différence entre l’homme et la femme. C’était donc introduire une brèche dans le système de pouvoir unitaire de l’église. En d’autres termes, ce n’est pas seulement l’érotisme que l’église condamne avec l’adultère, mais la levée des femmes, à laquelle elle oppose une résistance inébranlable. Entre l’église et la femme considérée comme sujet, il faut bien déclarer, à ce jour, qu’il existe une incompatibilité.

Aujourd’hui l’idéologie de la société industrielle nous fait croire que l’individu peut tout ; la femme aussi donc. Au nom de quoi désormais la soumettre ? C’est une des contradictions du libéralisme que de servir indirectement, et contre lui, la cause des femmes

La dimension du mariage s’est rétrécie au couple, les femmes se sont acquis de nouveaux rôles, les relations de loisir, d’étude, de travail échappent de plus en plus à la ségrégation entre hommes et femmes. Malgré une persistance des modèles sexistes, malgré une inégalité des salaires à travail égal, on admet au moins théoriquement une égalité de droits.

Mais n’est-ce pas là que réside précisément l’abîme entre le christianisme et le féminisme ? Le christianisme a développé l’amour du pouvoir impuissant. Il faut pour exercer le pouvoir passer par la castration symbolique du sexe, car le pouvoir est, entre autres, le pouvoir de censurer la sexualité. La femme impuissante -elle n’a pas de sexe puisqu’il est caché et fécondé par l’homme- ne peut pas prétendre au pouvoir, elle n’a pas de tête. Ainsi le pouvoir ecclésial masculin est-il entièrement défini sur un modèle de censure et de domination.

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Enjeux et espérances du féminisme un triple enjeu

1) Redéfinir le pouvoir en briser le modèle exclusivement juridique pour en manifester une autre face : l’expérience joyeuse de la puissance du corps.

2) Faire droit aux désirs de l’autre toujours inhibé en Occident par le désir du même. Tel est le vœu de notre espérance : l(a)es mères, l(a)es femmes, modèles de l(a)es filles, désignent le féminin comme désirable et non plus un destin auquel il faut se résigner. Alors le désir est désir de l’autre tout entier dans sa singularité.

3) Refaire un tissu social autre que celui de l’ancien patriarcat et opposé à l’individualisme de la pseudo société libérale. Certes la famille conjugale a contribué à établir l’idée d’une égalité entre hommes et femmes mais ce type de famille, où l’individu, définit d’abord par le travail, cherche un refuge affectif, ne permet pas à la femme, ni à l’homme d’ailleurs, d’habiter son corps. Le couple est trop étriqué pour laisser se déployer et se réaliser nos bonnes et multiples envies de plaisir

Or le type de rapports hommes femmes confirmé, à la suite du texte d’Ephésiens V, par une représentation de la sacramentalité du mariage comme mystère de soumission et d’autorité, d’obéissance et d’amour, relève d’un modèle monarchique du couple. Paul n’adoucit en rien l’inégalité qu’il établit faussement entre l’homme et la femme. Il veut rendre la femme à l’homme pour restituer au mariage sa fonction de génération, ce que les religions de son temps ne parvenaient pas à réaliser. Mais ce but est en contradiction avec l’expérience que fait la femme d’être le sujet de son corps.

Il est temps de mettre fin à la représentation du mystère de Dieu par un mariage où l’homme est maître et tête, et la femme esclave et corps. Si le mariage est un mystère c’est autrement qu’il faut le jouer.

C’est d’un même mouvement qu’il faut casser le modèle de la femme objet, de la femme mère-enfant, et rentrer dans le jeu de la différence, ce jeu que la femme chrétienne devrait jouer et dont elle devrait jouir autant qu’une autre, car c’est là aussi le jeu divin.

Nous avons terminé par l’écoute du saxo de Maria Mendez (amie très chère de Marie-Aurore) et de la basse de Pierre Edjolo (époux de Anne-Julie autre amie très chère de « Maau »)

Le buffet a été joyeux et en large partie pris sur la terrasse.

Vers 15 heures nous nous sommes regroupés autour du cerisier planté par nos amis artistes (dit groupe des Naz) où nous avons écouté à nouveau Maria et lu les deux poèmes suivants :

Aux arbres, tiré de Poèmes de Yves Bonnefoy, Mercure de France, 1986.

Vous qui vous êtes effacés sur son passage

Qui avez refermé sur elle vos chemins

Impassibles garants que Douve même morte

Sera lumière encore n’étant rien

Vous fibreuse matière et densité,

Arbres, proches de moi quand elle s’est jetée

Dans la barque des morts et la bouche serrée

Sur l’obole de faim, de froid et de silence.

J’entends à travers vous quel dialogue elle tente

Avec les chiens, avec l’informe nautonier,

Et je vous appartiens par son cheminement

A travers tant de nuit et malgré tout ce fleuve.

Le tonnerre profond qui roule sur vos branches

Les fêtes qu’il enflamme au sommet de l’été

Signifient qu’elle lie sa fortune à la mienne

Dans la médiation de votre austérité

Tiré de La mort à distance, poèmes, de Claude Esteban, Gallimard 2007

Un arbre

n’est jamais plus vrai

que dans le rêve de ce jardin fou

qu’on invente